Les sentiers de l’égarement

Jamais une époque n’a offert autant de possibilité à l’homme en matière d’abondance, de confort et de perspectives de bien-être. Néanmoins, il en demeure tout de même que les sociétés hypermodernes n’ont jamais été aussi génératrices d’angoisses, d’insatisfaction intérieure et de désarroi individuel pour le genre humain. Indéniablement, la marchandisation accrue du monde, sa « déspiritualisation » programmée au profit d’une sentimentalisation des esprits et d’une technicisation toute azimut des rapports, n’ont fait qu’amplifier le malaise de l’homme contemporain. Désormais la déconvenue mentale et la déception sociétale succèdent aux temps de l’euphorie scientiste, de la modernité triomphante et du « bonheur pour tous ». Plus que jamais il apparaît clairement que l’idéal d’édifier une société « humaine », juste et pacifiée, n’est qu’une pure rêverie qu’il convient de laisser aux adeptes des utopies universalistes et aux naïfs qui ne peuvent entrevoir toutes les contradictions qu’il y a dans l’ordre actuel.

Si la négation de l’au-delà est l’un des actes fondateurs de la modernité, la foi aveugle dans l’économie libérale et ses machines de production, ainsi que dans la techno-science est son principe-actif et sa raison d’être. De là, dérivent donc les civilisations du vide bâties essentiellement sur la négation de la transcendance et sur l’absence de « sens commun » et de principes solides (1). Civilisations qui pour survivre et continuer d’exister, doivent non seulement constamment se poser en victimes et inventer en permanence leurs propres ennemis (hier les juifs et les communistes, aujourd’hui les méchants islamistes), mais qui en plus, sont obligées de promouvoir quotidiennement leurs idéaux auprès de leurs citoyens et au reste du monde pour les convaincre de leur bien fondé et de leur légitimité. Le tout à grand coups de désinformation et de propagandes mensongères (2), qui ne suscitent l’adhésion et la fascination que des dupes et autres suggestionnés de la modernité. C’est qu’une société exempte de verticalité et de principes métaphysiques, dont la préoccupation majeure est de cultiver la vantardise, le « bien être » et l’acquisition des objets, est vouée d’avance à la perdition et à l’autodestruction. Et il n’est pas curieux que dans l’époque de fin des temps qui est la notre, qu’un tel standard de société s’impose partout ou une envie de modernité se manifeste (y compris dans le monde musulman), et qu’il soit en plus célébré comme « modèle de tolérance » et « idéal de civilisation ». Au sujet de cette imitation aveugle de l’Occident, nous vient à l’esprit, un hadith du prophète Muhammad (PBSL) qui dit un jour à ses compagnons : « Par Dieu je ne crains pas pour vous la pauvreté, mais je crains que vous ne meniez une vie d'outrance, comme le firent les nations passées, dans laquelle vous rivaliserez les uns les autres, comme l'ont fait vos prédécesseurs, et que cela vous détruise comme cela les a détruits. » (Rapporté par Al-Bokhari)

 

               Page : 1 | 2 | 3 | 4            Page Suivante