Le progrès des apparences

Il existe de nos jours des abus de langage et des montages linguistiques totalement déconnectés de la réalité et des fondements qu’ils ont pu incarner un jour à leur usage primaire. Le mot progrès par exemple est utilisé aujourd’hui uniquement dans un sens subjectif et pragmatico-utilitariste pour faire comprendre indirectement que le cheminement vers la modernité est conditionné avant tout par deux démarches indispensables que sont : la rupture radicale en terme de valeurs avec le passé et l’adoption de la techno-science comme nouvelle religion du genre humain. Sans ces deux conditions, nous dit l’idéologie progressiste, il n’y a pas de progrès.

Mais, qu’entendons-nous réellement par progrès ? Au-delà de l’incontestable progrès matériel, y’a-t-il réellement aussi un progrès de l’esprit, des valeurs et de l’humanité en général, comme se sont efforcés de le prêcher à travers leurs œuvres depuis les Lumières certains philosophes comme Hegel ? Ou derrière les associations de mots, des apparences de la commodité et du bien être matériel dont jouissent les modernes, il n’y a pas réellement de progrès au vrai sens du terme, mais une chute avérée des valeurs et une généralisation phénoménale des insatisfactions intérieures ?

Sans préciser à l’heure de vérité de quel progrès s’agit-il réellement, les apôtres du scientisme et les experts de la modernité, anesthésient et façonnent méthodiquement et suivant les impératifs du nouvel ordre libéral, l’imaginaire des peuples (un imaginaire constamment suggestionné, et apte depuis plus d’un siècle déjà à accueillir avec enthousiasme de telles manœuvres), le tout à coup de massives campagnes de propagandes médiatiques sublimino-mensongères destinées à stimuler les instincts les plus bas de l’homme, suivant la méthode pavlovienne (1), afin que le pantin des temps modernes (un homme à la solde de ses organes sexuels et de son pouvoir d’achat), assimile sans aucune résistance tous les discours dominants, lui ventant comme une vertu les mérites du progrès techno-scientifique, présenté comme solution finale à tout les problèmes existentiels de l’humanité et unique motif d’espérance (2)

(1) « Pavlov a pris un objet neutre [la cloche] et l'a associé à un objet significatif [pour le chien, la viande], transformant le premier objet en symbole du deuxième; c'est grâce à la visualisation qu'il a réussi à ajouter une valeur au deuxième objet. C'est ce que nous essayons de faire avec la publicité moderne. » (Wall Street Journal, 19 janvier 1984)

(2) Une espérance foncièrement terre à terre, et de plus en plus physiologico-sentimentaliste : refus par tout les moyens de vieillir, désir permanent de jouir, envie de toujours posséder plus…Il n’existe pas de secteur ou de telles vulgaires aspirations s’affichent sans complexes au grand jour que dans la publicité : « rester toujours jeune et belle avec la crème..», « la liberté n’a pas de prix au volant de...»

 

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